Depuis le 1er janvier 2025, les boulangers français sont confrontés à une nouvelle réglementation visant à réduire les déchets générés par les emballages à usage unique. Cette mesure, qui s'inscrit dans une politique plus large de Responsabilité Élargie des Producteurs (REP), impose aux professionnels de la boulangerie de financer la collecte et le traitement des déchets liés à leurs emballages. Mais cette nouvelle contrainte risque-t-elle de peser sur les coûts du secteur et sur les prix des produits de consommation courante, comme la baguette ? Explications.
Depuis l'entrée en vigueur de la filière REP, les boulangers doivent assumer une contribution annuelle pour la gestion des déchets générés par les emballages utilisés, tels que les sacs à baguette, les boîtes en carton ou les emballages plastiques. Selon l’éco-organisme Adelphe, cette contribution est fixée à 0,0079 euro par passage en caisse pour les boulangers, soit un coût additionnel qui peut rapidement atteindre plusieurs milliers d'euros par an, en fonction du volume de ventes.
Par exemple, une boulangerie enregistrant 900 passages par jour pourrait se voir facturer près de 2 500 euros par an, un montant non négligeable pour de nombreux artisans. Pour d'autres types de commerces de bouche, comme les fromageries ou les boucheries, la contribution est encore plus élevée, avec des tarifs respectivement de 0,0216 euro et 0,0223 euro par passage. Une situation que plusieurs boulangers jugent problématique.
Face à cette nouvelle charge, la question se pose : les boulangers vont-ils devoir répercuter ces coûts sur le prix de leurs produits ? Si l'impact immédiat sur le prix de la baguette n'est pas certain, il est probable que cette taxe, ajoutée aux hausses des coûts des matières premières comme l'électricité, le beurre ou le chocolat, entraîne une augmentation des prix à terme.
"Si vous ajoutez 5 centimes au prix de la baguette, la clientèle va penser que le boulanger profite de cette taxe pour augmenter ses marges", souligne Jérémy Keil, boulanger à Strasbourg et propriétaire de trois établissements. "Nous, on ne bouge pas nos prix, on réduit nos marges, mais c’est compliqué", ajoute-t-il, soulignant les difficultés croissantes auxquelles font face les artisans boulangers.
La taxe sur les emballages a été présentée comme une simplification administrative, mais cette nouvelle mesure soulève des interrogations. "La simplification, c’est un peu flou pour nous", note José Arroyo, président de la Fédération patronale de la boulangerie du Bas-Rhin. "Avant, il fallait compter précisément chaque emballage fourni, ce qui était un véritable casse-tête. Mais aujourd’hui, on nous demande de payer sans vraiment savoir pourquoi."
Les boulangers estiment également que le contrôle de cette taxe risque d’être difficile à mettre en place. Nombreux sont ceux qui vendent une grande partie de leur production à des professionnels comme des restaurateurs, ce qui complique le calcul des passages en caisse et peut fausser la collecte des données.
Face à l’augmentation des coûts liés aux emballages jetables, certains boulangers envisagent de réduire leur recours à ces emballages. En incitant leurs clients à ramener leurs propres sacs réutilisables, ils pourraient ainsi réduire leurs achats d'emballages, ce qui pourrait contribuer à maintenir les prix stables.
Cette démarche écologique ne profiterait pas seulement aux boulangers, mais aussi à l’environnement et aux consommateurs. En réduisant la consommation d’emballages à usage unique, les boulangers participent à la transition écologique tout en préservant leur rentabilité. Cependant, la prise de conscience des consommateurs reste un enjeu majeur pour que cette initiative fonctionne.
Les boulangers se sentent de plus en plus désemparés face à cette nouvelle taxe, qu’ils jugent injuste et mal pensée. "A force de nous prendre pour des vaches à lait, je me demande si l'objectif n'est pas de voir les boulangeries fermer", s’inquiète Jérémy Keil. Cette pression financière supplémentaire, combinée à l’augmentation du coût des matières premières et à la pénurie de main-d'œuvre, conduit à un sentiment de frustration généralisé parmi les professionnels du secteur.